La lecture de l’œuvre en version originale n’est pas si difficile car en dehors des termes « techniques » propres à l’univers magique de Harry Potter (2), le récit est d’abord écrit pour des enfants et de ce fait aisément accessible.
Chose promise, chose due. Il y a bien une fin. La magie est terminée. L’auteure, J.K. Rowling (de son vrai nom Joanne Rowling), a réussi à terminer son vaste roman commencé en 1993 dans la petite édition Bloomsberry (qui ne l’est plus) et devenu depuis, plus qu’un best-seller mondial, un véritable phénomène de société. Au temps de la mondialisation, se pourrait-il que le livre qui raconte les aventures du jeune sorcier et qui s’est arraché, au même moment, dans le monde entier, à des millions d’exemplaires soit le premier signe d’une globalisation littéraire en cours ? Faut-il avoir peur de Harry et de ses sortilèges pour notre littérature en France ? Ou au contraire se féliciter du succès d’un « conte de fées » qui « fait rêver » et peut permettre ou redonner à certains le plaisir de lire ? Le « déclin » de la littérature, si il y a, doit probablement trouver ses vraies raisons ailleurs (3).
Nous ne dévoilerons pas ici l’épilogue, autour des « trois Reliques de la mort », qui se déroule dans l’Ecole de Poudlard. Entre les murs de la vénérable institution, des combats acharnés et dantesques opposent les Mangemorts, les agents redoutés du Seigneur des Ténèbres et les partisans de l’Ordre du Phénix.
L’intérêt du tome sept ne réside pas seulement dans l’affrontement à distance entre « Vous Savez Qui » et Harry Potter, à la recherche, avec ses deux compagnons Ron Weasley et Hermione Granger, des Horcruxes (4). Leur destruction signerait, selon Dumbledore, le directeur de Poudlard, la disparition de Voldemort car ils seraient les réceptacles de son âme. Harry finira par apprendre, après la mort de Severus Rogue, qu’il est l’un des Horcruxes (depuis sa première rencontre avec le meurtrier de ses parents) et que sa propre mort serait donc nécessaire pour venir à bout de « Celui dont on ne doit pas prononcer le nom ».
La lecture achevée, il faut bien reconnaître que d’autres ressorts que le simple combat du Bien contre le Mal soutiennent l’intrigue du livre. L’écrivain est passé maître dans l’art du suspense. La révélation progressive des faces secrètes et sombres de personnages clefs du roman comme Albus Dumbledore ou Severus Snape montre que les héros ne sont pas toujours ceux que l’on croit. La vie des maîtres admirés peut être plus inquiétante que celle que les hagiographes enthousiastes et autorisés écrivent. Le cœur complexe des hommes est un mystère qui n’accepte pas facilement, c’est selon, les lois du destin ou le jeu des naissances.
Sans être moins merveilleux, l’univers rowlingien est plus subtil, plus humain et plus trouble dans ce dernier tome. Roman d’initiation pour les enfants, la violence y est plus présente. Des amis de Harry (ce dernier est pourchassé par le Ministère de la Magie contrôlé par Voldemort) sont torturés ; d’autres meurent par amour et par sacrifice. Dobby, l’elfe de maison, est ainsi remarquable par son courage, lui qui est pourtant libre de toute tutelle grâce à Potter. Le monde magique est sous la domination d’un nouveau régime aux relents totalitaires pour qui les Moldus (ceux qui n’ont pas de pouvoirs magiques) sont comparés à des parasites et ne valent pas d’exister. On devine ici ou là des références imagées au nazisme et les mises en garde de l’auteure aux dérives possibles des Etats même démocratiques. Les « Sang-de-Bourbe », terme péjoratif pour désigner les sorciers nés de parents moldus comme Hermione, sont discriminés voire empêchés de pratiquer la magie. Rejetés, ils doivent se faire enregistrés pour être mieux surveillés.
Roman haletant, les actions (les affrontements entre magiciens notamment) sont nombreuses et plus spectaculaires que dans les précédents ouvrages et raviront sans doute les fans d’effets spéciaux quand le dernier film sortira sur les écrans. Les sortilèges, les dragons ou les sorciers accompagnent chaque page de ce conte moderne dont la fin « que l’on ne doit pas révéler » semble bien clore définitivement les aventures de Harry et il faut bien admettre que la magie fonctionne toujours, pour les grands aussi sûrement que pour les plus petits lecteurs.