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Prof de langue au Japon : du rêve au cauchemar avec Nova

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C'était légendaire : un prof fraîchement diplômé d'un FLE ou un jeune de langue maternelle anglaise avait toujours la possibilité d'aller enseigner sa langue au Japon, afin d'y faire ses classes et d'y faire de l'argent.

L'une des écoles les plus connue est Nova. Fondée en 1981, le groupe Nova se présente comme « une institution internationale facilitant la compréhension mutuelle entre les gens dans le monde, (...) permettant aux gens du monde entier d’étudier et d’assimiler les cultures du monde au-delà de leurs différences nationales et raciales, et leur permettant d’arriver à comprendre les langues et l’arrière-plan culturel de chacun. »
Entrée en bourse en novembre 1996, la société, au capital de 5 milliards de yens (plus de 30 millions d'euros), possédait environ 800 succursales à travers le pays, pour des cours assurés par 4 000 professeurs étrangers. Jusqu'à il y a quelques jours...



Historique d'un désastre (annoncé ?)

Alors que tout allait bien dans le meilleur des mondes il y a encore 3 ou 4 ans, les salaires de début de contrats des professeurs ont commencé à se faire bien moins élevés et les contrats furent moins renouvelés (90% de turnover au sein de l'équipe professorale), les promotions et autres augmentations de salaire étaient dispensées à doses homéopathiques et les heures sup' généreusement offertes par les profs.

En février 2007, un premier scandale éclate : 7 enseignants ont été arrêtés en possession de stupéfiants. Les quantités sont de l'ordre de la consommation personnelle mais au Japon on ne badine pas avec la drogue, surtout quand il s’agit d’étrangers.

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S'en suivent nombres de plaintes de la part d'anciens élèves concernant de la vente forcée de matériel, jugé inutile, ainsi que le non respect des modalités de remboursement des cours : les cours correspondent à un nombre de points et il convient d’en acheter suffisamment par rapport au nombre d’heures que l’on souhaite suivre, le tarif étant dégressif. Si l'élève décide d’arrêter les cours, les points restant sont racheté par l'école à une valeur inférieure à la valeur d'achat ; une association de consommateurs de la région de Kyoto et la préfecture se sont saisies du problème et des plaintes pour malfaçon sont déposées. Nova est alors surnommée l'école fast-food, son enseignement étant perçu par les japonais comme "industriel".

Face à cette situation, dans un pays où l'image et l'apparence prime sur tout le reste, Nozomu Sahashi, le président de Nova, fait bonne figure. Il demande cependant à ses professeurs d'être amicaux et excessivement souriants avec leurs étudiants (les caresser dans le sens du poil donc) afin qu'ils payent le plus d'heures et se plaignent le moins possible d'un certain manque de professionnalisme (pas forcément réel) des enseignants. « Merci de montrer l'exemple et de nous donner de quoi sourire. » répond un groupement de professeurs qui se bat depuis 3 ans afin d'obtenir une certaine sécurité et stabilité de l'emploi, et de pouvoir profiter de la sécurité sociale japonaise.

Les ennuis judiciaires rattrapent l'école. Suite aux plaintes, des perquisitions ont été faites, des documents saisis et présentés à une cours de justice, et Nova condamné à ne plus pouvoir conclure de contrats outranciers avec les potentiels étudiants, et ce durant 6 mois. La conséquence ? L'entreprise n'a plus de liquidité ; en juin, les salaires sont payé avec 12h de retard. En septembre, seuls les profs d'Osaka et de Tokyo reçoivent leur salaire, les autres villes ont du attendre 2 ou 3 jours et les profs principaux ont du attendre 14 jours avant d'avoir leur argent.

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Retard de paiement pour le staff en août et septembre. Le 15 octobre, jour de paie, une information arrive par fax dans les établissements indiquant, qu'aux vues des difficultés financières, les salaires seraient virés sur les comptes en banques au plus tard le 19. Les professeurs doutent car ils savent que, depuis 2 mois, les dettes de la société s'accumulent et que des biens ont été vendus pendant l'été afin de payer les salaires. Parallèlement à cela, ceux louant des appartements à Nova commencent à recevoir des lettres les menaçant d'expulsion, le loyer n'étant pas reversé par la firme aux propriétaires.

Le point sur la situation à l'aube du mois de novembre

Depuis plusieurs semaines, les professeurs tentent d'attirer l'attention de la presse nationale et internationale sur leur cas, en manifestant régulièrement dans la rue, plus particulièrement à Osaka où se trouve le siège social de Nova. Les télévisions japonaises s'intéressent depuis plusieurs jours au cas de ces expatriés proches de l'indigence, qui ont d'ores et déjà commencé à envoyer leurs CV un peu partout où il y aurait du travail, sans pour autant avoir les moyens de sauter dans un avion pour démarrer un nouveau job. A l'étranger, les médias britanniques et australiens suivent également l'affaire de près : sur les 4 000 professeurs, près de 70% sont des sujets de sa Majesté. Pour eux, la situation pourrait s'arranger. En effet, les ambassades australienne, canadienne, néo-zélandaise et britannique sont très attentives au sort de leurs ressortissants.
D'après un professeur de français en poste à Osaka, les britanniques sont assisté par leur ambassade afin de contacter leur famille. La compagnie aérienne Quantas offre des tarifs plus que préférentiels pour ceux qui désirent rentrer au pays dans les plus bref délais.
Côté français, autre son de cloche...  Toujours d'après ce professeur, l'Ambassade affirme qu'elle ne peut rien faire. Le rapatriement ne serait envisageable et envisagé uniquement que si la centaine de professeurs de français peut prouver qu'elle ne peux pas se payer elle-même un billet retour ou si l'entourage resté en France ne le peux non plus. A noter qu'un Paris-Osaka-Paris est de l'ordre de 870€, un aller simple démarrant à plus de 900€, pas toujours à porter de bourses quand on n'a plus de travail et un loyer à payer.

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Toujours est-il que le vendredi 26 octobre, les écoles ont fermées et les professeurs ont reçu comme instruction d'attendre. D'attendre qu'on leur donne des consignes concernant une potentielle réorganisation du fonctionnement de Nova, d'attendre que la recherche d'un repreneur aboutisse. Bien entendu, l'école est désolée d'annoncer que, durant ce laps de temps, elle n'a pas les fond pour payer les salaires, et ne sais pas si elle les aura un jour.

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Tous les enseignants s'accordent à dire que la faillite n'est pas loin. De réunions en réunions, ils s'organisent afin de connaître leurs droits ; sur son site, Nova indique la procédure à suivre pour faire une demande d'allocation chômage (calculée sur la base des 6 derniers mois de salaire), mais tous ne savent pas si ils y ont droit.
Le gouvernement japonais semble assez mal à l'aise face à ces 4 000 sans emploi (et bientôt sans logis) étrangers, sans compter les 3 000 japonais travaillant pour les services administratifs de Nova.

Le sort de l'école devrait être scellé le 10 novembre. En attendant, quelques têtes sont tombées, dont celle du président qui serait, selon la rumeur auteur d'un délit d'initié.

Pour conclure, sur l'un des forums d'échange de professeur, on peut lire qu'à Nova « ça sent le sapin ! »

Ecrit par Céline BERGER
le 28/10/2007 20:30:00
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