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La coiffure sans vendre la mèche Servir de modèle chez un grand coiffeur Il en va de la coiffure comme de la couture : à moins d’être une star, et d’arborer des modèles uniques, on se contente de prêt-à-porter, quitte à ressembler à Madame ou Monsieur tout le monde. Mais dans le domaine capillaire, point n’est besoin d’être quelqu’un pour avoir une coupe dernier cri. C’est un secret de polichinelle. Quand on ne roule pas sur l’or et que l’on ne craint pas de passer sous les lames d’un artiste du cheveu, capable de vous changer de tête, être coiffé par un maître du ciseau sans débourser un centime est possible. La pratique est d’ailleurs très répandue. Crâne chauve, passe ton chemin ! Aujourd’hui on coiffe gratis.  On tombe parfois sur une petite annonce dans la presse qui dit : « cherche modèle pour coupe, mèches, coloration ». Intéressé, au téléphone on décrit ses cheveux, leur couleur, leur épaisseur et leur longueur. Puis un rendez-vous, sorte d’entretien d’embauche, permet au professionnel d’apprécier de visu la texture et la qualité de la chevelure. Et de toucher, pour bien la sentir, cette matière brute que constituent nos mèches. Comme un sculpteur apprécie la pierre qu’il va dégrossir et ciseler, le coiffeur étudie le cheveu qu’il va travailler. Mais « le plus simple est de s’adresser directement au salons réputés qui cherchent des têtes pour s’exercer », confie Deborah, étudiante à la longue crinière châtain clair. Habile comme tant d’autres à dégoter les plans économiques pour s’habiller, cette Parisienne futée, qui applique les canons de la mode comme d’autres vont à l’église tous les dimanche, fréquente une fois par mois le salon Massato, fin peigne du Quartier Latin.  Tous les quinze jours, le soir, après le dernier client, le maître du salon et son personnel reçoivent, des deux sexes, de tous âges, blancs, gris, épais ou fins, des cheveux, décoiffés ou en bataille, pour une messe de la coupe artistique ou technique, « originale ou professionnelle », dit-on chez eux. Au grand plaisir des célébrants, volontaires comme Déborah « pour vivre un relooking radical ou avoir une coupe classique, selon les désirs du coiffeur ». Les cobayes sont des fidèles dont les coordonnées, photo et fiche d’identité capillaire, reposent dans le carnet d’adresse de tout bon figaro. Conseillé par le maître, le personnel exécute brushings, dégradés, franges, mèches, colorations, rajouts et autres œuvres plus ou moins classiques de l’art capillaire. Déborah se souvient d’une fois où elle n’est pas passée inaperçu avec ses « cheveux orange, longs à droite et frisés à gauche ; mais ça fait partie du jeu », ajoute-t-elle en souriant à l’évocation de ce moment remarqué.  Chez Toni and Guy, célèbre enseigne européenne fondée à Londres il y a quarante ans, très en vogue chez les gens branchés du monde entier, fameuse pour les crêtes punk et les teintures délirantes – pour un minimum de 33 euros –, le personnel, volontiers initiateur de tendances, fait partie de l’élite de la coiffure de mode. Rencontre avec un styliste très cool qui y coiffe, rue de Charonne, piercings, mèche plaquée au gel, jean moulant noir. Ses modèles il les croise dans la rue, par hasard. Mais il n’accoste pas n’importe qui. Ici, on trie sur le volet. Les cobayes, toujours bénévoles, seront dans les pages du catalogue annuel des coupes Toni and Guy. Une de ses prises est une grande suédoise blonde comme les blés, super belle. Pas étudiante sans le sou, productrice. « Elle est à Cannes en ce moment. Je lui ai fait une coupe classe et trash avec une couleur pour le festival. La coupe c’est le moyen de se reconnaître dans les soirées bondées. La couleur des cheveux est un super signe distinctif. » On n’a aucun mal à la croire à la vue des cheveux de cette modèle suédoise en photo sur son téléphone portable. Avec pareille palette de couleurs, du noir au blond en passant par l’orange, elle ne doit effectivement pas passer inaperçue dans les nuits cannoises ! Le catalogue du salon, élimé tant il est consulté, est plein de jeunes gens superbes et savamment coiffés. Très connus dans le petit monde de la coiffure, les professionnels Toni and Guy sont appelés dans de nombreux salons de coiffure pour enseigner les dernières tendances. Chez Mars et Vénus, avenue Marceau, la nouvelle gérante, craignant de ne pouvoir satisfaire une jeune clientèle qui ne jure que par la mode, fait appel aux services des jeunes testonneurs dans le vent de Toni and Guy. La très haute coiffure ne peigne que les stars  Les grands noms de la profession sont si célèbres que leur prénom sert d’enseigne – Rodolphe, coloriste des stars, Charlie (Charlie en particulier), relookeuse de Catherine Deneuve et Isabelle Adjani, ou Alexandre, qui soigne les chefs de ministres rue Matignon. Ces illustres artistes de la haute coiffure n’ont pas besoin de modèles anonymes. Leurs coupes, très prisées des gens importants, se payent une fortune. Ils exercent et s’exercent à loisir sur le gratin. Les vedettes, souvent abonnées au salon de coiffure, se plient volontiers aux idées et suggestion des maîtres, se laissant tailler et retailler le scalp par leur coiffeur, qui recueille au passage potins et autres ragots croustillants. « Charlie a un don, elle est au-dessus du lot, je vous le dit parce que c’est vrai », confie une collaboratrice de l’égérie des superstars. « On ne travaille pas sur modèle quand on a fait 20 ans de studio, les couvertures de Elle et Marie-Claire, des coiffures pour Helmut Newton ; aujourd’hui, elle n’a pas le temps ». Chevelu(e), modèle, ou futur modèle, à moins d’être VIP, passe ton chemin au 1 de la rue Goethe, dans le XVIème arrondissement parisien ! Là, au troisième étage, la très haute coiffure taille à prix d’or des couronnes aux têtes du monde. Guillaume DAUPEYROUX |