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Migrations, Wampas et plaisir de fumer !

Les migrations en Europe, Jean-Paul  Gourévitch, éd. Acropole, 425 p., 16 euros

A l'heure des propos et des conflits politiques sur l'immigration "choisie", "subie" ou clandestine, Jean- Paul Gourevitch propose dans son ouvrage une analyse détaillée des flux migratoires en Europe. Premier constat en matière de migration : l'état des lieux de l'immigration se heurte à l'épreuve des chiffres : 56 millions de migrants installés en Europe selon le rapport de la Commission mondiale, 64 millions selon l'ONU. Qu'ils soient motivés pour des raisons sociales, familiales, professionnelles ou politiques, les migrants sont attirés par cette Europe occidentale aux beaux visages. Pour ne pas sombrer dans les récifs tragiques de leur parcours, les migrants pratiquent de plus en plus le shopping migratoire : bien choisir son pays d'accueil, c'est s'assurer des conditions de vie relativement décentes. L'auteur expert en ressources humaines étudie ainsi avec précision la géopolitique des flux et de remarquer que les Français s'exportent aussi très bien à l'étranger : nos compatriotes seraient entre 1,3 et 2,3 millions à vivre en-dehors des frontières. L'auteur développe également sans tabou un sujet qui fait tant grincer de dents : le coût des migrations. Là encore les chiffres oscillent terriblement entre déficit record et bénéfice, nous dévoilant à ce propos les différentes données qui alimentent aussi bien les craintes que les espérances. Car le thème des migrations stigmatisent en fait des sentiments contradictoires comme l'attestent les différents scénarios aussi bien angéliques que diaboliques rapportés par l'auteur. On appréciera la neutralité de l'analyse qui rend compte de toutes les réalités des migrations et des défis qu'elles supposent à l'avenir.

Le dictionnaire bordélique des Wampas, Philippe Wampas, éd. Hors Collection, 216 p., 14,90 euros

Le dictionnaire bordélique des Wampas n'a de bordélique que l'adjectif : d'abord parce que toute la mythologie des Wampas est rangée par ordre alphabétique  -de A comme accident à Z comme Zoetemelk- ensuite parce que Didier Wampas, le leader du groupe, sous ses abords anar avoue avoir voté Jean-paul Huchon, avoir la Bible pour livre de chevet, n'est ni junkie ni coco comme ses parents, et encore moins fan de Bové, et pour comble de tout son frère qui a composé ce dico est journaliste au Figaro ! Alors les Wampas un groupe de rock bien rangé qui ose croquer du piment indien et chanter en play-back ? Pas si mous que ça les rockers quand on se rappelle que ce groupe initialement appelé Les Gros Dégueulasses  a chanté des textes qui dérangent puisant leur source dans le politiquement incorrect. Le dernier scandale en date qui fut un défi à la liberté d'expression en France plus qu'un affront au président se nomme : "Chirac en prison". Rappelez-vous, vous n'avez pu écouter le titre nulle part... Les Wampas, 24 ans d'existence au compteur, n'ont toujours pas les ronds de Manu Chao ni le compte en banque de Louise Attaque, mais ces déjantés qui n'ont pas peur des skinheads grecs sont restés fidèles à leur premier et seul amour : le pur rock'n roll.

Quand fumer était un plaisir, Cristina Peri Rossi, éd. Toute Latitude, 192 p., 19,90 euros

A l'heure où la cigarette se voit interdite du domaine public, l'écrivaine uruguayenne, fumeuse invétérée, se propose de restaurer les vertus délicieuses de ce poison pernicieux. La première fois, sa première cigarette qui l'a marquée à vie date de 1951, ce n'est pas celle qu'elle a fumé, mais celle qu'elle a vue dans la bouche d'une femme à Montevideo, alors qu'elle avait dix ans. Parce que les hommes d'alors jouissaient de vices interdits aux femmes, Cristina s'est jurée d'adopter le vice de la cigarette qui est aussi une manière de vivre et d'être libre. Parce que fumer est un plaisir, l'écrivaine envisage le rapport à la cigarette comme une relation amoureuse. Se séparer de la cigarette, c'est rompre, souffrir d' un vide, d'un manque. Maintenant qu'elle s'est détachée de son amant de quarante ans, Cristina raconte l'histoire et les charmes de son ex parti en fumée. 1492, Rodrigo de Jerez, marin envoyé par Colomb ne découvre pas sur les nouvelles terres l'or escompté mais des sauvages baignant dans la fumée. C'est en 1660 que l'ambassadeur Jean Nicot introduira la cigarette à la cour de Catherine de Médicis. Au cours de son histoire, elle inhalera les ports, les repères de dandys, les saloons de cow-boys. C'est le cinéma qui sera la meilleure promotion des cigarettes : tous les plus grands en ont grillé une à l'écran, Welles, Curtis, Hoffman, Brando, Dean, Newman. La gitane qu'il consomme, c'est Carmen la rebelle cigarière qu'ils grillent à chaque bouffée de désir. La cigarette est aussi la récompense du brave, de l'éprouvé ou l'ultime plaisir avant la mort du condamné (droit que l'État de l'Alabama a supprimé pour des raisons de santé !). Objet de tumeur, la cigarette est aussi sujet érotique qui conjugue éros et thanatos dans le même lit puisque l'on se tue à petit feu après la petite mort. Pour l'écrivaine, sur les pas de Freud, la cigarette est aussi une arme et un bouclier, arme de séduction, de confiance, lien vers l'autre. Cristina a rangé son dernier paquet aux oubliettes, sans le maudire. Cette oeuvre littéraire, documentaire, historique fait le tour de la cigarette d'un coup d'oeil nostalgique, comme si ce livre était la dernière des dernières bouffées de plaisir.

Frédéric POILBOUT

 

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